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Rencontre avec Jérôme Nicol, achats Capitaine Houat

Responsable des achats pour le transformateur Capitaine Houat à Lorient, Jérôme Nicol est au cœur de la politique de filière intégrée que développe depuis plusieurs années le groupement des Mousquetaires. Sa stratégie d’approvisionnement plaide pour un engagement fort avec les fournisseurs.
INTERVIEW
| 1. Comment travaille-t-on exactement dans cette filière intégrée dont bénéficie Capitaine Houat ? | 3. Scapêche est-elle votre seule source d'achats? Pour les petits poissons de la pêche côtière, nous passons par des acheteurs répartis essentiellement sur les criées de Boulogne ... Lire la suite | |
| 2. Malgré votre force de frappe commerciale comment faites-vous pour écouler des quantités importantes de poissons capturés ? Même si nous avons fait de gros efforts de valorisation, le prix moyen des espèces a nettement baissé à l’achat. Lire la suite | 4. Pensez-vous que l'on puisse sécuriser les apports en jouant la carte du développement durable ? S’il est vrai que la certification MSC permet d’assurer une bonne gestion des ressources, nous ne souhaitons pas nous enfermer dans le cahier des charges d’un écolabel... Lire la suite |
Question 1.
Comment travaille-t-on exactement dans cette filière intégrée dont bénéficie Capitaine Houat ?
Nous développons une relation en temps réel avec la cellule commerciale de l’armement Scapêche. Cela nous permet d’être informés au quotidien des captures de chaque bateau. En fonction des besoins sur telle ou telle espèce, nous réservons des volumes, sans parler de prix dans un premier temps. Nous nous mettons ensuite d’accord sur ce point, en fonction du marché.
Capitaine Houat capte ainsi de façon de préférentielle environ 4 000 tonnes de produits capturés par les navires de Scapêche, soit environ près de 45 % des volumes produits par l’armement. Toutefois, sur certaines espèces phare comme le lieu noir, la lotte ou le merlu, la Scapêche couvre en moyenne 65 % de nos besoins. Ce taux approche des 100 % pour le sabre ou le grenadier.
Le principal intérêt, c’est que nous sécurisons nos approvisionnements. Une nécessité pour développer notre activité filets de poissons sauvages bien qu’actuellement les volumes capturés soient bons, de l’ordre de 15 % en plus par bateau, avec des poissons souvent plus gros.
Question 2. Malgré votre force de frappe commerciale, écouler de telles quantités peut s’avérer délicat, notamment sur le frais. Comment faites-vous ?
Même si nous avons fait de gros efforts de valorisation, notamment sur une espèce comme le merlu, le prix moyen des espèces que nous travaillons de façon privilégiée avec Scapêche a nettement baissé à l’achat. Cette diminution s’explique principalement par la concurrence féroce qui s’est installée avec l’afflux massif de cabillaud en provenance de Norvège.
Depuis le début de l’année, avec l’augmentation des volumes importés suite à la hausse des quotas en mer arctique, nous en avons vendu plus 1 200 tonnes. C’est 40 % de plus que l’an dernier à la même époque. Mais le problème est le suivant : quand on vend du dos de cabillaud en promotion à 9,90 euros le kilo, on ne vend pas du filet de lingue à 13 euros le kilo en fond de rayon. L’outil de congélation qui doit être mis en service à la rentrée sur notre site de Lanester permettra de lisser ces déséquilibres.
Question 3.
Avez-vous d'autres sources d’achats ?
Pour les petits poissons de la pêche côtière, destinés à être valorisés en entier sur nos étals, nous passons par des acheteurs répartis essentiellement sur les criées de Boulogne, Lorient et du pays Bigouden, sans oublier quelques partenaires privilégiés.
Plus globalement, pour les produits transformés, nous travaillons surtout avec l’import : la Norvège, l’Islande, les îles Féroé, le Danemark et l’Écosse. Le temps de la chasse en spot et de l’opportunisme à outrance est bien révolu. On essaie d’établir une relation durable avec des fournisseurs identifiés et audités. Si on veut aujourd’hui un approvisionnement en poisson régulier et sécurisé, il faut s’engager, en particulier lorsque l’offre devient pénurique.
Question 4.
Pensez-vous que l'on puisse sécuriser les apports en jouant la carte du développement durable ?
S’il est vrai que la certification MSC permet d’assurer une bonne gestion des ressources, nous ne souhaitons pas nous enfermer dans le cahier des charges d’un écolabel duquel est écartée toute dimension sociale et qui pourrait profiter d’une position dominante sur le marché. Nous préférons travailler pour la marque Sélection Mousquetaires selon nos propres critères de pêche responsable.
Un aspect que nous ne négligeons pas non plus sur l'élevage. Ainsi, les filières saumon et crevette permettent de sécuriser le bon fonctionnement de nos sites de Boulogne et Lanester. Et pour nous assurer un approvisionnement durable d’environ 350 tonnes par an de crevettes monodon, nous avons mis en place un programme d’actions équitables avec la coopérative malgache Unima jusqu’en 2016.
Propos recueillis par Bertrand Tardiveau
Mis à jour le 11 septembre 2026
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