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Laurent Labbé, ingénieur de recherche

Laurent Labbé, ingénieur de recherche, dirige la Peima des Monts d’Arrée (Finistère).
L’aquaculture se développe mais reste source de critiques, notamment environnementales. Laurent Labbé, chercheur à l’Inra, travaille à la rendre plus vertueuse en explorant l’aquaponie.
PDM : Quel type de recherches menez-vous à l’Inra de Sizun (Finistère) sur l’aquaculture ?
Laurent Labbé : Notre unité expérimentale travaille avec des laboratoires de recherche en France et en Europe sur la génétique, la physiologie, la nutrition, les pathologies. Une autre facette est la mise en place de systèmes d’élevage innovants, plus respectueux de l’environnement, en réduisant par exemple la quantité d’eau nécessaire à l’élevage de poissons et en valorisant les effluents. Les poissons assimilent environ la moitié de leur alimentation en termes d’azote et de phosphore. L’un des objectifs de l’aquaponie est de mettre le reste à la disposition de plantes.
L’aquaponie est-elle directement liée au concept de circuit recirculé ?
Pour faire de l’aquaponie, il faut d’abord faire un circuit recirculé. Il s’agit d’une boucle dans laquelle nous introduisons des nitrates que nous valorisons avec les plantes. En amont, nous travaillons sur l’alimentation, l’un des points de blocage du développement de l’aquaculture. Nous essayons de réduire la dépense à l’égard de la pêche minotière. Nous travaillons sur des aliments fabriqués à partir de végétaux d’origine terrestre (blé, lupin…) mais aussi d’insectes, de levures voire de microalgues.
Cette approche représente-elle l’avenir de l’aquaculture, y compris à l’échelle industrielle ?
Nos tests ont permis de révéler qu’il n’y a aucun problème sur la défense immunitaire des poissons, la truite principalement, et l’Ifremer travaille sur le bar et la dorade. Ce sont les poissons marins élevés en France. Nous menons parallèlement des tests sur la qualité organoleptique, en frais et fumé. La phase en élevage industriel va commencer cet été, avec des produits finis qui seront commercialisés d’ici un an.
Où en est-on du développement de l’aquaponie à l’échelle de l’Hexagone ?
Une dizaine de projets sont en cours, à des échelles diverses. Ceux du groupe Aquaponic Management Project (lire ci-dessous) sont les plus avancés. Qualité de l’eau, température, coûts, effluents solides… les paramètres ne permettent sans doute pas encore d’assurer l’ensemble du cycle de vie de la truite en milieu urbain. Un segment qui reste une microniche mais avec une forte valeur ajoutée. Les aides des collectivités sont nécessaires avant de trouver le bon modèle économique.
Une autre optique vise à utiliser les capacités phyto‑épuratrices des plantes en s’installant en milieu rural, sur des sites existants, avec un besoin en eau fortement diminué. L’eau peut être utilisée deux fois : d’abord pour les poissons, puis pour les végétaux, évitant ainsi les rejets dans le milieu naturel. L’objectif reste le même : utiliser au mieux l’azote et le phosphore contenus dans les aliments. Même si l’indice de consommation est inférieur à 1 pour le poisson, comme les truites portions de 250 grammes (contre 2 pour le poulet et 7 pour les bovins), il y a encore des restes en effluents.
L’aquaponie peut-elle participer à une meilleure perception de l’aquaculture par les consommateurs ?
Étonnamment, considérées séparément, l’hydroponie et l’aquaculture n’ont pas une bonne image : trop hors sol ou industrielle. Mais réunies dans l’aquaponie, elles semblent composer un cercle vertueux qui satisfait les consommateurs dans leur sensibilité environnementale. D’autant que nous avons d’excellents retours en termes de qualité organoleptique des produits animaux comme végétaux.
Propos recueillis par Dominique Guillot
| Pascal Goumain, directeur d’Aquaponic Management Project (AMP) « L’aquaponie est un modèle d’avenir » |
| Saumon de France investit depuis 2013 dans la R [&] D en aquaponie avec des unités à Cherbourg, en Anjou, en Sologne et aujourd’hui à Asnières. À 15 euros/kg en frais et 50 euros/kg en fumé, notre truite est appréciée par les consommateurs. Nos modules en milieu urbain produisent autour de 20 tonnes chacun et sont bien maîtrisés. Nous répondons à des concours pour profiter d’aides en matière de foncier, sans lesquelles nous ne serions pas rentables. Mais nous souhaitons passer à des volumes plus conséquents. Pour cela, nous travaillons en périurbain, avec des agriculteurs auxquels nous transférons notre savoir-faire technique. L’idée est de multiplier de petites unités en réseau autour d’une installation plus importante, elle-même couplée à un point de vente et de transformation. Nous poursuivons dans le même temps le rachat des piscicultures, puisque nous sommes plutôt pour l’instant, en aquaponie, dans du grossissement. » |
Mis à jour le 11 septembre 2026
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