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Camille Civel, représentante France et Belgique pour l’ASC

Camille Civel, représentante France et Belgique
pour l’ASC
« Obtenir l’ASC envoie un message fort au consommateurs »
PDM : Vous êtes la nouvelle représentante de l’ASC pour la France et la Belgique, pourquoi avoir choisi de rejoindre cette organisation ?
Camille Civel : J’ai toujours été passionnée par le milieu marin et ses ressources. J’ai naturellement orienté mon parcours vers les filières halieutiques, en ayant toujours à cœur de promouvoir leur durabilité. Après avoir obtenu mon diplôme d’ingénieure à AgroParisTech en 2016 avec une spécialité zootechnie, option aquaculture, j’ai choisi de commencer ma carrière dans la distribution pour comprendre les besoins de ses acteurs, en étant à l’interface entre les producteurs et les consommateurs. J’ai pu y expérimenter l’intérêt des labels pour communiquer sur les filières auprès du consommateur, et je suis convaincue que l’ASC (Aquaculture stewardship council) est celui qui assure les meilleures pratiques d’élevage aquacole. Mon objectif est de développer le label sur les marchés français et belges pour offrir au consommateur un vrai choix, celui d’acheter des produits issus d’une aquaculture responsable maintenant, pour en avoir encore longtemps.
Comment évolue le nombre de produits et de producteurs certifiés en Europe ?
En France et en Europe, la tendance est à la croissance continue. La France compte aujourd’hui plus de 1 100 produits certifiés ASC, c’est deux fois plus qu’en janvier 2018. En à peine 18 mois, les consommateurs français ont donc accès à une offre deux fois plus importante de produits issus de l’aquaculture responsable. Ces chiffres sont représentatifs de la croissance continue du programme ASC et témoignent également d’une prise de conscience grandissante chez les Français sur la provenance des produits qu’ils achètent. De plus en plus de consommateurs demandent des produits issus de filières responsables et nous continuerons à travailler sans relâche pour leur offrir ce choix.
En quoi est-ce important pour les producteurs d’être certifiés ? Quelles garanties apportent le label ?
Les référentiels de l’ASC abordent à la fois l’impact environnemental et social. D’un point de vue environnemental, les fermes aquacoles doivent montrer qu’elles s’efforcent de réduire leur impact sur le milieu naturel. Cela implique une gestion attentive des ressources, un suivi régulier de l’impact sur les fonds marins, un contrôle de la qualité de l’eau ou encore le respect de nos exigences sur l’aliment. Sur le plan social, les entreprises doivent faire preuve de diligence vis-à-vis de leur voisinage. Elles doivent veiller à offrir des conditions de travail équitables à leurs employés et coopérer avec la communauté locale.
Les critères de nos référentiels sont multiples et on ne peut ici tous les citer. Parmi ces critères, nous avons en effet des exigences concernant les antibiotiques. Tous les référentiels ASC, à l’exception des référentiels bivalves, ormeaux et algues, interdisent strictement l’usage des antibiotiques listés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme étant d’importance critique pour la médecine humaine. Il s’agit d’une importante mesure vétérinaire contribuant à lutter contre l’émergence des résistances antimicrobiennes qui peuvent avoir un effet néfaste pour la santé humaine.
Les fermes qui satisfont aux référentiels de l’ASC offrent donc de réels avantages : des fonds marins plus propres, une eau plus saine et des poissons en meilleure santé, en contribuant à préserver la biodiversité locale, et en œuvrant dans le but de soutenir leur communauté. Pour un producteur, obtenir cette certification envoie un message fort aux acteurs de la filière et aux consommateurs quant à l’intégrité environnementale et sociale du produit qu’ils sont en train d’acheter. En retour, les distributeurs et consommateurs savent sur quelles garanties ils peuvent compter lorsqu’ils recherchent un choix responsable. Le programme bénéficie ainsi à l’ensemble de la filière, aux consommateurs et bien sûr à l’environnement !
Nous croyons fermement au principe de transparence, tous nos référentiels ainsi que tous les rapports d’audit de chaque ferme, données comprises, sont accessibles sur notre site internet. Cette transparence fait de l’ASC un système de certification unique dans le monde aquacole.
Est-ce que ces réglementations sont amenées à évoluer ?
Notre philosophie est de continuellement surveiller et réviser nos cahiers des charges pour s’assurer qu’ils reflètent bien les meilleures pratiques aquacoles en vigueur dans le monde. C’est un secteur en pleine croissance et en perpétuelle mutation. Nos référentiels sont périodiquement mis à jour. Nous sommes par exemple en train de revoir les référentiels saumon, crevette, panga et truite. Nous développons également un système de contrôle et d’évaluation des impacts engendrés par l’application des critères de nos cahiers des charges. Cela nous permettra d’utiliser ces données pour adapter et améliorer nos référentiels. En parallèle, nous travaillons aussi sur le cahier des charges de nouvelles espèces.
Combien de temps faut-il pour recevoir la certification et quel est le coût pour le producteur ?
Chaque élevage étant différent, le temps nécessaire à l’obtention de la certification peut varier. Le premier audit dure en général trois jours. Le processus de certification est plus approfondi que ce seul audit initial et il comporte plusieurs autres étapes, toujours en respectant le principe de transparence de l’ASC. La première version du rapport d’audit préliminaire doit par exemple être publiée sur notre site internet pendant 15 jours ouvrés pour permettre aux différentes parties prenantes de s’exprimer si besoin. Le processus complet, depuis le premier audit jusqu’à l’obtention du certificat, dure trois ou quatre mois environ, bien qu’il soit difficile de donner une estimation générale tellement la spécificité des élevages entre en jeu. L’ASC est une certification tierce partie, ce qui veut dire que les audits sont effectués par des organismes certificateurs indépendants. Cela signifie aussi que l’ASC ne touche pas d’argent sur les audits, et nous n’en fixons pas le prix. Nous ne pouvons donc pas fournir une estimation du montant. Un producteur intéressé par la certification peut demander un devis à plusieurs organismes certificateurs. La liste des organismes accrédités se trouve sur le site de l’Asi (Assurance services international). Il est recommandé de demander plusieurs devis pour obtenir le prix le plus juste.
Est-ce que les consommateurs savent ce que la certification ASC signifie ?
La notoriété du logo ASC et de sa signification ne cesse de croître. Lors d’une étude que nous avons menée l’an dernier, plus de la moitié des consommateurs français ont déclaré que les produits de la mer portant le logo ASC sur leur emballage leur inspiraient davantage confiance. Ce constat est encourageant étant donné que le label a moins de dix ans et que la première ferme ASC n’a été certifiée qu’en 2012. On remarque une prise de conscience croissante de l’importance de consommer des produits de la mer issus d’une aquaculture responsable, en France comme ailleurs. Il y a encore beaucoup à faire, et je suis impatiente de travailler avec les acteurs de la filière pour continuer à développer le label sur le marché français.
Existe-t-il des chiffres qui prouvent que les produits labellisés ASC sont plus vendus que des produits d’aquaculture classique ?
Nous ne contrôlons pas les chiffres exacts des ventes mais nous savons que les consommateurs accordent de plus en plus d’importance aux produits de la mer responsables et que beaucoup d’entre eux se servent du logo sur l’emballage pour obtenir des informations sur un produit. 88 % des consommateurs français estiment qu’il est important que les distributeurs proposent des produits de la mer issus de filières responsables. Ces chiffres sont plus élevés que dans tous les autres pays que nous avons sondés. Il y a donc tout lieu de penser que les consommateurs français perçoivent l’importance de minimiser les impacts de l’aquaculture et s’attendent à ce qu’ils aient le choix de pouvoir consommer des produits issus d’élevages responsables. La certification ASC permet aux producteurs de leur prouver qu’ils respectent leurs attentes.
Est-ce que les élevages d’huîtres ou de moules peuvent prétendre à la certification ASC ? Et pour les algues ?
La France compte actuellement 70 fermes ostréicoles certifiées ASC, ce qui est plus que dans n’importe quel autre pays au monde. Les huîtres françaises sont réputées pour leur qualité et nous sommes heureux que ces ostréiculteurs aient fait le choix de montrer qu’elles sont également élevées de façon responsable en obtenant la certification ASC. C’est également une bonne nouvelle pour les Français qui peuvent maintenant choisir des huîtres en consommant à la fois local et responsable.
Le référentiel algues, commun aux labels ASC et MSC, est tout récent et nous venons d’accueillir, en janvier 2019, le premier producteur d’algues certifiées au monde. Les algues sont des produits à usage multiple dont la consommation prend de l’ampleur à l’échelle mondiale et nous sommes certains que ce produit certifié est le premier d’une longue série. Nous serions d’ailleurs ravis d’accueillir des producteurs français dans le programme.
Propos recueillis par Guillaume JORIS
Mis à jour le 11 septembre 2026
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