1. Accueil
  2. À savoir
  3. Paroles de pro
  4. 10 questions à Elise Pêtre, WWF France

10 questions à Elise Pêtre, WWF France

· Paroles de pro

10 questions à Elise Pêtre, WWF France

Dans la filière des produits de la mer, les ONG sont devenues des acteurs avec lesquels il faut compter, à l’instar de WWF, qui s’attache à " faire changer les règles " pour pérenniser l’activité de pêche. Au-delà des critiques, WWF accompagne les pêcheries désireuses d’améliorer leurs pratiques.

Dans la filière des produits de la mer, les ONG sont devenues des acteurs avec lesquels il faut compter, à l’instar de WWF, qui s’attache à " faire changer les règles " pour pérenniser l’activité de pêche. Au-delà des critiques, WWF accompagne les pêcheries désireuses d’améliorer leurs pratiques. " Il est essentiel de ne pas s’éloigner des sujets que l’on traite en montant des actions concrètes. C’est sur le terrain que l’on trouve les meilleures solutions », confie Élise Pêtre, chargée de projet pêche durable WWF France. Des actions qu’il faut promouvoir, en nouant des partenariats avec la grande distribution.


Rencontre en 10 questions

1. Quels sont les piliers fondamentaux de la pêche durable selon le WWF France ?

Comme tout concept durable, elle repose sur trois piliers : l’environnement, le social et l’économie... Lire la suite

6. Pensez-vous que les pêcheurs sont aujourd’hui plus sensibles à la question de la ressource ?

Bien entendu, même s’il existe encore des différences entre pêches artisanale et industrielle... Lire la suite

2. Faites-vous une opposition poissons et pêcheurs ?

Certainement pas. La gestion des ressources est une notion très importante pour le WWF France... Lire la suite

7. Vous faites une différence entre pêche artisanale et industrielle, les opposez-vous ?

Non, pas du tout, mais c’est une question sensible. Nous avons besoin des deux, notamment pour accéder à certaines zones... Lire la suite

3. Où en sont les Unités d’exploitation et de gestion concertées que vous défendez et dont le Grenelle de la mer a accepté la mise en place ?

Le Grenelle de la mer a effectivement conduit à la mise en place de 6 sites pilotes en France... Lire la suite

8. Quelle est votre position sur la question du rendement maximal durable ?

Notre point de vue sur le rendement maximal durable (RMD) est mitigé...Lire la suite

4. Revenons à la réforme de la Politique commune des pêches. Comment la jugez-vous ?

À ce stade, nous estimons qu’elle manque encore d’ambition, même si nous partons de très loin... Lire la suite

9. La pêche durable fait l’objet de multiples labellisations. Y êtes-vous favorable ? Quid d'une certification publique ?

Nous sommes à la base de la création du MSC seul encore à répondre à la majorité des critères...Lire la suite

5. Quel est votre point de vue sur les concessions de pêche transférables ?

Concernant les CPT, nous pensons qu’elles sont totalement inacceptables...Lire la suite

10. L'aquaculture est-elle, selon vous, un moyen comme un autre d’éviter la surexploitation des ressources sauvages ?

Nous n’avons pas de position officielle sur l’aquaculture. Bien sûr, j’ai toutefois un avis...Lire la suite

10 questions à Elise Pêtre, WWF France — illustration

Question 1. Quels sont les piliers fondamentaux de la pêche durable selon le WWF France ?

Comme tout concept durable, elle repose sur trois piliers que sont l’environnement, le social et l’économie. Nous partons du principe que s’il n’y a pas de poissons, il n’y a pas de pêche. Le volet environnemental est sans doute prédominant ici car il est nécessaire d’avoir des ressources en bon état et disponibles pour que les deux autres pans de la pêche durable puissent se développer, et qu’elle devienne une activité rentable permettant le développement de l’emploi et du territoire. C’est à ce titre que nous luttons contre la surexploitation et que nous prônons la valorisation.

La pêche, pour être durable, ne doit pas avoir d’impact négatif ni sur les stocks de poissons ni sur les écosystèmes. Pour se forger une opinion, mesurer un impact, il est essentiel de disposer non seulement d’une très bonne connaissance des ressources –états des stocks des espèces ciblées – mais aussi de bien maîtriser les chaînes trophiques (N.D.L.R. chaîne alimentaire). Nous sommes donc favorables à une approche écosystémique. Malheureusement, nous nous heurtons à un manque de volonté politique d’investir durablement dans la recherche afin de récolter l’ensemble des données nécessaires et de les traiter. Ce qui est pourtant essentiel pour une bonne gestion des ressources.

Question 2 . Sans pour autant opposer poissons et pêcheurs ?

Certainement pas. La gestion des ressources est une notion très importante pour le WWF France. Et nous savons qu’une bonne gestion ne peut se faire que par le biais de la concertation de tous les acteurs du secteur : scientifiques, pêcheurs, institutions et politiques. Nous devons les mettre plus souvent autour de la même table et décider ensemble des conduites à tenir grâce au partage des connaissances, au regard des obligations, des contraintes de chacun. Et, pour une meilleure cogestion, nous estimons que le niveau local est le plus adapté. Jusqu’à présent, la pêche est trop centralisée au niveau européen, à l’image des Tac et quotas délivrés chaque année.

La notion de régionalisation des apports est très importante au sein de la politique commune de la pêche et nous souhaitons vraiment que cette échelle soit privilégiée. Pour un meilleur équilibre entre les besoins et les objectifs, les mesures doivent être prises pêcherie par pêcherie au niveau local. Quand on implique les pêcheurs, ils respectent leurs préconisations et ne vivent pas les contraintes comme si elles étaient juste imposées par Bruxelles.

10 questions à Elise Pêtre, WWF France — illustration

10 questions à Elise Pêtre, WWF France — illustration

Question 3. Où en sont les Unités d’exploitation et de gestion concertées (UEGC) que vous défendez et dont le Grenelle de la mer a accepté la mise en place ?

Le Grenelle de la mer a effectivement conduit à la mise en place de 6 sites pilotes en France. Depuis le début de l’année trois sont devenus effectifs - en Guyane, dans le golfe de Gascogne et sur l’île d’Yeu -.

Il est encore trop tôt pour faire un bilan, mais cela viendra. L’idée est de choisir des territoires cohérents, d’y réunir les acteurs présents afin qu’ils définissent ensemble les mesures de gestion à adopter. Il faut qu’ils s’accordent sur la taille des filets maillants, sur le nombre d’hameçons, les efforts de pêche particuliers, etc. À eux également de décider des mesures de contrôle.

Avec ces UEGC, la gestion se fait davantage par l’accès à la ressource que par les quotas, même si les membres de ces unités peuvent en fixer un. Avec les sites pilotes, nous pourrons mieux cerner les modalités pratiques et voir les améliorations à apporter.

Retour question 1, question 2, question 3

Question 4. Revenons à la réforme de la Politique commune des pêches (PCP). Comment la jugez-vous à l’heure où les ministres européens de la mer souhaitent, avant même son adoption, repousser la mise en place du rendement maximal durable ?

À ce stade, nous estimons qu’elle manque encore d’ambition. Certes, nous partons de très loin et ne devons pas ignorer les avancées qu’elle apporte. À l’image de son volet extérieur qui consiste à regarder ce qui se fait aussi dans les pays tiers et à privilégier les États qui ont une bonne gestion de la mer.

Sinon, les enjeux de la réforme de la PCP portent sur trois sujets principaux, tous très importants pour WWF France. Commençons par les rejets, sujet essentiel. Il faut le traiter à tout prix. Pour certaines pêcheries, les rejets représentent 30 à 70-80 % des captures, ce n’est pas admissible ni d’un point de vue environnemental ni d’un point de vue éthique.

Il faut donc les prendre en compte. Le tout est de savoir comment ? Le fait de dire aux pêcheurs : vous devez tout garder et débarquer, cela sera transformé en farine, ne nous satisfait pas. C’est la porte ouverte à l’industrie et pourrait se révéler très incitatif pour certaines pêcheries.
Nous soutenons l’idée qu’il faut se pencher sur l’origine des rejets et agir différemment selon qu’il s’agisse de dépassement de quotas, de prises accessoires d’espèces peu intéressantes commercialement, ou d’espèces protégées ou en danger ou encore d’espèces capturées sous taille.

Il faut savoir que certaines espèces survivent à la capture et peuvent donc être rejetées en mer. Sur ce point nous avons avancé, puisque la Commission a accepté le rejet de celles qui ont un taux de survie élevé. Mais il faut aller plus loin. Nous militons pour l’établissement de quotas de captures et non de débarquement. Ensuite, nous défendons une meilleure gestion des pêcheries, une plus grande sélectivité des pratiques de pêche. Ces idées, ces approches sont présentes dans la réforme mais mériteraient d’être plus développées. En mettant l’UEGC au centre du mode de gestion, nous gagnerons en efficacité. Il faut aussi soutenir la recherche en matière de sélectivité et les pêcheurs qui s’engagent dans l’amélioration de leurs pratiques.

10 questions à Elise Pêtre, WWF France — illustration

10 questions à Elise Pêtre, WWF France — illustration

Question 5. Quel est votre point de vue sur les concessions de pêche transférables ?

Concernant les concessions de pêche transférables (CPT), obligatoires pour l’ensemble des États membres, nous pensons qu’elles sont totalement inacceptables. Elles ne feront que mener à la concentration des droits entre quelques mains, ce qui conduirait à un dévaste social et économique sans aucune garantie d’une gestion durable des ressources. Les CPT ne sont donc pas adaptées en soit et encore moins à la pêche artisanale. On ne peut pas laisser une ressource être gérée par le marché. En France, nous faisons front avec les pêcheurs et les politiques sur cette question. Il faut que la commission bouge sur ce point. Plusieurs solutions existent et peuvent cohabiter dans une boîte à outils qui déclinerait les droits de pêche, les quotas individuels gérés collectivement, etc. La solution n’est jamais unique mais regroupe plusieurs mesures.


Question 6. Pensez-vous que les pêcheurs sont aujourd'hui plus sensibles à la question de la ressource ?

Bien entendu, même s’il existe encore des différences entre pêches artisanale et industrielle. Les pêcheurs sont conscients des limites de la ressource et acceptent les limitations de leurs droits. Pour certains d’entre eux, c’est une réalité depuis longtemps déjà et certains prennent eux-mêmes des initiatives pour permettre aux différentes espèces de perdurer. La pêche a souvent été synonyme de patrimoine à transmettre de père en fils. Dans ce cadre, préserver la ressource était un souci prégnant. Alors bien sûr, aujourd’hui, la transmission de l’activité est moindre, mais…

10 questions à Elise Pêtre, WWF France — illustration

Retour question 4, question 5, question 6

10 questions à Elise Pêtre, WWF France — illustration

Question 7. Vous faites une différence entre pêche artisanale et industrielle, les opposez-vous ?

Non, pas du tout, mais c’est une question sensible. Nous avons besoin des deux, notamment pour accéder à certaines zones. Mais sans tomber dans le « small is beautiful, big is bad », nous sommes persuadés que la notion durable de la pêche est plus intrinsèque à la pêche artisanale, davantage attachée à un territoire et aux ressources de ce même territoire. Nous sommes donc pour un meilleur équilibre entre ces deux types de pêche et souhaitons que l’artisanale cesse d’être marginalisée, y compris dans l’accès aux subventions, trop souvent « raflées » par la pêche industrielle.

Question 8. Quelle est votre position sur la question du rendement maximal durable ?

Notre point de vue sur le rendement maximal durable (RMD) est mitigé. Nous sommes persuadés que si ce n’est pas la meilleure des solutions, dans l’absolu, car elle néglige notre vision écosystémique en portant sa réflexion stock par stock, c’est celle qui semble la plus adaptée à la gestion actuelle. Et il est urgent de la mettre en place. Nous ne pouvons imaginer que la mise en place du RMD soit de nouveau repoussée, ce serait une catastrophe écologique. On peut tolérer quelques retards pour certaines pêcheries mais pas à l’échelle de certains États membres voire de l’Union européenne dans son ensemble. Par ailleurs, nous craignons que le RMD, tel qu’il sera mis en place, ne permette pas la reconstitution de certains stocks. Il faudrait, là encore, être plus ambitieux.

Quoi qu’il en soit, nous pensons enfin que ces trois volets essentiels de la PCP seraient mieux respectés s’ils étaient intégrés à des plans pluriannuels de gestion, pris ici aussi par des comités de cogestion qui les définiraient pêcherie par pêcherie. On en revient à la gestion locale et concertée de la pêche.

10 questions à Elise Pêtre, WWF France — illustration

10 questions à Elise Pêtre, WWF France — illustration

Question 9. La pêche durable fait l’objet de multiples labellisations, êtes-vous favorable à ces écolabels et à la mise en place d’une certification publique ?

Vous savez que nous sommes à la base de la création du MSC que nous jugeons, aujourd’hui encore, être le seul à répondre à la majorité des critères essentiels à une pêche durable. Bien entendu, il n’est pas parfait mais il tend à s’améliorer sans cesse. On peut regretter l’absence de critères sociaux par exemple. Mais la question se pose alors de savoir si un bon écolabel peut rassembler l’ensemble des critères de la pêche durable ? Le MSC n’a pas réponse à tout et ne garantit pas, bien sûr, l’exploitation durable de toutes les pêcheries du monde. On ne peut pas non plus dire que toute pêcherie non certifiée MSC ne serait pas durable. Ce n’est pas un critère sine qua non.

Pour ce qui est de l’écolabel public français, nous faisons partie du comité de pilotage… mais ses critères n’ont pas été rendus publics, nous ne pouvons donc pas en discuter. La question qui se pose est : a-t-on besoin d’un écolabel supplémentaire alors même que les marques, pour ne prendre qu’elles, s’y mettent aussi ? Ne pourrions-nous nous contenter de soutenir et améliorer ceux qui existent déjà ? En multipliant les écolabels, on en brouille la lecture, voire on les décrédibilise. C’est dommage. Nous attendons donc de voir ce que regroupera cet écolabel français même si nous craignons qu’il n’aille pas beaucoup plus loin que la réglementation.

Question 10. Parlons un peu aquaculture. Est-ce, selon vous, un moyen comme un autre d’éviter la surexploitation des ressources sauvages et un bon moyen d’aider la pêche pour l’inscrire dans une dynamique durable ?

Avant toute chose, je dois être franche. Au WWF France, nous travaillons uniquement sur la pêche et n’avons pas de position officielle sur l’aquaculture. Au niveau mondial, l’organisation fait toutefois partie du comité de création de l’ASC. Bien sûr, j’ai toutefois un avis. Le problème de l’aquaculture est qu’elle impacte les ressources halieutiques et donc les écosystèmes. En Europe, les poissons d’élevage sont essentiellement carnivores et, pour les alimenter, les professionnels utilisent des poissons sauvages… Par ailleurs, la concentration des poissons dans certains endroits, à l’image de l’agriculture terrestre, favorise le développement et la propagation des maladies. Enfin, la concentration des déjections, le recours à des antibiotiques, voire des pesticides, influent négativement sur la qualité des eaux, sur l’écosystème dans sa globalité.

Bien sûr, ce n’est pas le cas, par exemple, des huîtres et moules. Animaux filtreurs, ils ont peu d’impact négatif sur l’environnement. Sauf, bien sûr, pour la propagation des maladies qui jouit aussi ici de leur concentration sur un même territoire.

Pour l’aquaculture, des solutions existent et certains d’ailleurs les mettent en place. Bien sûr, nous préférons l’élevage de poissons herbivores. Mais plus généralement, à l’image de l’agriculture, il faut éviter le productivisme, préférer l’extensif à l’intensif. En attendant un écolabel plus exigeant, la labellisation bio nous semble un moindre mal. L’élevage n’est pas, selon nous, une solution à la surpêche en tant que tel. Mais peut-être, sous certaines conditions, un élément de notre fameuse boîte à outils pêche durable.

Cependant, la vraie question est celle de nos habitudes de consommation. Nous consommons, nous le savons, trop de protéines animales. Sans doute devrions-nous enfin comprendre qu’il nous faut en consommer moins. Et quand il s’agit de consommer des produits de la mer, faisons attention à choisir ceux qui sont le moins en danger, ceux qui sont pêchés ou élevés selon des critères durables. Tout ceci nous permettra d’œuvrer pour une pêche réellement durable, qui respectera l’environnement tout en permettant à ceux dont c’est le métier d’en vivre encore longtemps.

10 questions à Elise Pêtre, WWF France — illustration

Retour au début de l'article

Mis à jour le 11 septembre 2026

À lire aussi

‹ Retour aux actualités